Depuis l'arrêté du 22 juillet 2020, un rapport d'étude de sol préalable doit livrer un modèle géologique, les caractéristiques du terrain et des principes de construction. En zone d'exposition moyenne ou forte aux argiles, le vendeur d'un terrain à bâtir l'annexe à la promesse de vente, et celui qui fait construire le remet à son constructeur avant de signer. Nous vous montrons où regarder, ce que veulent dire les valeurs Pl et EM, et quoi faire si une conclusion vous semble fausse.

Les points clés à retenir
- Arrêté du 22 juillet 2020 : l'étude préalable repose sur une enquête documentaire et une visite du site, complétées par des investigations si besoin.
- NF EN ISO 22476-4, édition 2021 : la norme de l'essai au pressiomètre Ménard, d'où sortent le module EM et la pression limite Pl.
- EM et Pl en MPa : le premier caractérise la déformabilité du terrain, le second sa résistance, utilisée dans le calcul de la portance.
- Article L132-6 du Code de la construction : en zone d'exposition moyenne ou forte, pour une maison de deux logements au plus, l'étude est remise au constructeur avant le contrat.
Sommaire de l'article
- Lire le rapport dans le bon ordre
- Ce que contient chaque partie
- Coupes de sondage et niveau d'eau
- Pl, EM et les autres valeurs du rapport
- Trouver les préconisations de fondations
- Les signaux qui méritent une question
- Rapport douteux : les démarches dans l'ordre
- Confronter le rapport aux données publiques
- Questions fréquentes
Lire le rapport dans le bon ordre
Ne lisez pas le rapport de la première à la dernière page. Partez de la conclusion, puis remontez vers les mesures qui la justifient. En dix minutes, vous savez si les préconisations tiennent debout. C'est le chemin inverse de la façon dont se déroule une étude de sol, qui va du terrain vers le rapport.
- La page de garde. Vérifiez l'adresse, la référence cadastrale, le type de mission (G1 ou G2) et la date. Une étude préalable reste valable 30 ans si le sol n'a pas été remanié.
- La conclusion. Repérez le type de fondation proposé, la profondeur d'appui et les mesures liées aux argiles.
- Les coupes de sondage. Regardez à quelle profondeur apparaît la couche sur laquelle la maison doit reposer.
- Les tableaux d'essais. Contrôlez que les valeurs mesurées dans cette couche concordent avec la conclusion.
- Les réserves. Lisez les incertitudes notées par le géotechnicien. Ce sont souvent les lignes les plus utiles.
Si la conclusion parle d'une couche porteuse « à partir de 1,80 m » et que les coupes la montrent à 3 m, notez la page. Vous tenez une question précise à poser.
Ce que contient chaque partie
Chaque bureau d'études a sa mise en page, mais les rubriques se retrouvent d'un rapport à l'autre. Voici ce que vous lisez dans chacune, et ce qui doit y figurer pour que le document vous serve.
| Partie du rapport | Ce que vous y lisez | Ce que vous contrôlez |
|---|---|---|
| Cadre de la mission | Type de mission, norme suivie, nom du signataire | La bonne parcelle et la mention de la norme NF P 94-500 |
| Contexte du site | Géologie connue, exposition aux argiles, pente, arbres, voisins | Le niveau d'exposition, à confronter à la carte en vigueur depuis le 1er juillet 2026 |
| Investigations | Nombre de sondages, outils utilisés, profondeur atteinte | Un plan qui situe chaque sondage par rapport à la future maison |
| Résultats | Coupes, tableaux d'essais, essais de laboratoire éventuels | Des résultats détaillés par profondeur, sans moyenne qui masque les écarts |
| Synthèse et conclusions | Modèle du sous-sol, principes de fondation, précautions | Un lien clair entre chaque préconisation et une mesure |
| Annexes | Coupes détaillées, procès-verbaux d'essais, photos | Toutes les pièces annoncées dans le sommaire du rapport |
Le contenu de l'étude préalable est fixé par l'arrêté du 22 juillet 2020 sur le contenu des études géotechniques en zone argileuse. Pour une revue mention par mention d'un rapport préalable, le guide d'expertgeotechnique.com sur la lecture d'un rapport G1 détaille chaque rubrique. Un rapport de conception va plus loin, comme le montre le contenu d'une étude G2 : il tient compte des plans et des charges de la maison.
Coupes de sondage et niveau d'eau
Une coupe de sondage se lit de haut en bas, comme le terrain. Chaque couche porte une profondeur de début et de fin, une nature (terre végétale, limon, argile, sable, marne, calcaire) et souvent une couleur ou une consistance. Le géotechnicien décrit ce qui remonte du forage, couche après couche.
Les profondeurs s'écrivent souvent en « m/TN », c'est-à-dire en mètres sous le terrain naturel, avant tout terrassement. Trois mentions retiennent notre attention à chaque lecture :
- Remblai en tête de coupe : de la terre rapportée, souvent hétérogène, sur laquelle une fondation ne s'appuie pas.
- Refus en bas de coupe : l'outil ne descend plus. Le sol devient dur comme de la roche, ou un bloc barre le passage.
- Eau : la profondeur à laquelle le foreur l'a rencontrée, avec la date de l'intervention.
Cette date compte. Le niveau d'une nappe varie avec la saison et la pluie : relevé en fin d'été, il peut se situer plus bas qu'au printemps. Un bon rapport date la mesure et l'interprète dans ce contexte.

Comparez ensuite la coupe aux tableaux d'essais. Un changement de couche qui tombe à la même profondeur qu'un saut dans les valeurs mesurées, c'est bon signe : les deux sources se confirment. Pour savoir quels outils produisent ces coupes, nous décrivons les sondages et essais réalisés sur le terrain dans un guide à part.
Pl, EM et les autres valeurs du rapport
Les tableaux d'essais impressionnent, à tort. Pour une maison, deux familles de mesures reviennent presque toujours : celles du pressiomètre Ménard et celles du pénétromètre. Le pressiomètre gonfle une sonde au fond d'un forage et mesure la réaction du sol, selon la norme NF EN ISO 22476-4 de septembre 2021.
| Sigle | Nom complet | Ce que la valeur vous dit |
|---|---|---|
| Pl (ou pLM, pl*) | Pression limite Ménard, en MPa | Un paramètre de résistance du terrain, mesuré à chaque profondeur d'essai. Il intervient dans le calcul de la portance. La version nette s'écrit pl* |
| EM | Module pressiométrique Ménard, en MPa | La déformabilité du terrain. Un EM faible peut conduire à des tassements plus forts, sans suffire à les prédire |
| pf | Pression de fluage, en MPa | Le seuil où le sol commence à se déformer durablement |
| qd ou qc | Résistance de pointe au pénétromètre dynamique (qd) ou statique (qc), en MPa | La résistance du sol à l'enfoncement d'une pointe, mètre après mètre. Le symbole dépend de l'appareil utilisé |
| VBS | Valeur au bleu de méthylène | La quantité et l'activité de l'argile contenue dans l'échantillon. Un indicateur de sensibilité au retrait-gonflement |
| IP | Indice de plasticité | L'étendue de la plage de teneur en eau où le sol se comporte de façon plastique. Un indicateur de l'argilosité |
| Aléa | Niveau d'exposition à un phénomène | Faible, moyen ou fort pour les argiles. En zone moyenne ou forte, le dispositif réglementaire s'applique. Les mesures concrètes dépendent du terrain et du projet |
| m/TN, NGF | Profondeur sous le terrain naturel, altitude du nivellement général de la France | Le repère des profondeurs. Une cote NGF permet de comparer deux sondages sur un terrain en pente |
Ne jugez jamais une valeur seule, et méfiez-vous des « valeurs normales » trouvées en ligne. Regardez comment les chiffres évoluent avec la profondeur et s'ils concordent avec les couches de la coupe. Une hausse nette peut signaler un terrain plus résistant, une chute une couche plus molle. Le choix d'une fondation, lui, revient au géotechnicien, qui croise ces mesures avec le projet et ses charges. Le rapport entre EM et Pl l'aide aussi à qualifier la nature du sol, d'où sa présence dans certains tableaux.
Pour rappel : VBS et IP n'apparaissent que si le géotechnicien a prélevé des échantillons pour le laboratoire. Leur absence n'est pas une faute en soi, mais sur un terrain argileux, demandez ce qui a permis de juger la sensibilité du sol à la sécheresse.
Des mesures prises sur votre propre terrain
Un géotechnicien de votre secteur réalise les sondages et rédige le rapport.
Trouver les préconisations de fondations
Les préconisations se trouvent dans la dernière grande partie du rapport, souvent titrée « synthèse », « conclusions » ou « principes généraux de construction ». Elles indiquent un type de fondation, une profondeur d'ancrage et des précautions autour de la maison : drainage, distance aux arbres, vide sanitaire. Dans un rapport de conception, une contrainte de calcul en kPa ou en bar s'y ajoute, pour le bureau d'études structure.
Leur précision dépend de la mission. Une G1 donne des principes à l'échelle du terrain. Une G2, mission de conception, fixe les dispositions constructives adaptées à votre maison, avec ses plans et ses charges. Si votre rapport G1 évoque des fondations profondes, ce n'est pas un verdict sur le budget : c'est l'annonce qu'une étude de conception devra chiffrer la solution. Le guide d'expertgeotechnique.com sur les fondations préconisées selon le sol compare semelles, radier et micropieux.
En zone d'exposition moyenne ou forte, ce rapport circule. L'article L132-6 du Code de la construction impose au maître d'ouvrage de le remettre au constructeur avant la signature, et le contrat doit mentionner que le constructeur l'a reçu.
Les signaux qui méritent une question
Un rapport n'est pas faux parce qu'il coûte cher à appliquer. Les points ci-dessous ne sont pas des fautes en soi, car le nombre et la position des sondages dépendent du site et de la mission. Ils méritent en revanche une explication du bureau d'études avant de signer quoi que ce soit :
- Un seul sondage pour une maison avec sous-sol, ou sur un terrain en pente.
- Des sondages moins profonds que les fondations envisagées dans la conclusion.
- Des sondages loin de l'emprise de la future maison sur le plan d'implantation.
- Aucune date pour le niveau d'eau, en bas de pente ou près d'un cours d'eau.
- Une conclusion générale qui ne renvoie à aucun sondage ni à aucune valeur mesurée.
- Pas de réserve écrite sur les zones du terrain que les sondages n'ont pas couvertes.
Rapport douteux : les démarches dans l'ordre
Commencez par écrire au bureau d'études, avec des questions précises. « Je conteste vos conclusions » n'obtient rien. « Page 14, vous préconisez des micropieux alors que le sondage SP2 montre des valeurs en hausse dès 2,50 m : sur quel calcul repose ce choix ? » appelle une réponse technique. Gardez une trace écrite de l'envoi.
Sans réponse satisfaisante dans un délai raisonnable, faites relire le rapport par un second géotechnicien, sans lien avec le premier. La relecture va du simple avis sur dossier à une visite avec sondages complémentaires. Une relecture coûte moins qu'une nouvelle campagne de sondages : mettez le devis en face de l'enjeu sur les fondations. Nos conseils pour choisir un bureau d'étude de sol indépendant s'appliquent ici. Si les deux avis s'opposent, la médiation puis l'expertise judiciaire restent possibles, comme l'explique le guide d'expertgeotechnique.com consacré à la contestation d'un rapport géotechnique.
Important : la loi impose au constructeur de suivre les recommandations de l'étude de conception, ou à défaut les techniques particulières prévues par la réglementation. S'il propose une autre solution, ne l'acceptez pas sur parole : demandez une justification technique écrite, validée par un géotechnicien, et gardez tous les échanges.
Un second géotechnicien pour relire
Faites vérifier si les sondages réalisés justifient les fondations prévues.
Confronter le rapport aux données publiques
Vous pouvez recouper votre rapport sans rien payer. Sur InfoTerre, le portail du BRGM, la Banque du sous-sol donne les coupes de forages déjà réalisés près de chez vous, avec les couches traversées. Si un forage à 200 m trouve du calcaire à 2 m et que votre rapport annonce 6 m d'argile, posez la question. Deux terrains aussi proches peuvent avoir des sols différents : l'écart appelle une explication, pas une conclusion.
Le niveau d'exposition aux argiles se vérifie sur le dossier retrait-gonflement des argiles de Géorisques. La carte a changé au 1er juillet 2026 : un rapport ancien a pu être rédigé avec un classement qui n'est plus le bon.
Pour vous entraîner, les dossiers d'enquête publique mis en ligne par les préfectures contiennent souvent de vrais rapports géotechniques. Lire celui d'un lotissement de votre département montre comment un professionnel relie ses mesures à ses conclusions.
Questions fréquentes
Comment lire un rapport d'étude de sol ?
Commencez par la conclusion, puis remontez vers les coupes et les tableaux d'essais qui la justifient. Terminez par les réserves du géotechnicien. Vous vérifiez ainsi que chaque préconisation s'appuie sur une mesure.
Que signifient les valeurs Pl et EM ?
Ce sont deux résultats du pressiomètre Ménard, exprimés en MPa. Pl, la pression limite, caractérise la résistance du terrain et entre dans le calcul de la portance. EM, le module pressiométrique, caractérise sa déformabilité et sert au calcul des tassements.
Où trouver les préconisations de fondations ?
Dans la dernière partie du rapport, titrée synthèse, conclusions ou principes généraux de construction. Vous y lisez le type de fondation, la profondeur d'ancrage et les précautions autour de la maison.
Que faire si le rapport semble erroné ?
Écrivez d'abord au bureau d'études en citant la page et le sondage concernés. Sans réponse claire, faites relire le rapport par un second géotechnicien indépendant. La médiation ou l'expertise judiciaire viennent en dernier.
Le rapport G1 dimensionne-t-il les fondations ?
Non. La G1 fournit des principes généraux à l'échelle du terrain. Le dimensionnement des fondations de votre maison relève de l'étude de conception G2, qui tient compte des plans et des charges.
Que veut dire « aléa fort » dans un rapport ?
Le terrain est fortement exposé au phénomène étudié, le plus souvent le retrait-gonflement des argiles. Cela n'interdit pas de construire. Les précautions, fondations comprises, sont fixées par l'étude de conception ou, à défaut, par les techniques particulières prévues par la réglementation.
Pourquoi la date du niveau d'eau compte-t-elle ?
Le niveau d'une nappe varie avec la saison et la pluie. Une mesure prise en fin d'été peut se situer plus bas que le niveau le plus haut de l'année. Le rapport doit dater la mesure et l'interpréter.
Un rapport sans sondage est-il normal ?
Pour une étude préalable, la réglementation prévoit une enquête documentaire et une visite, complétées par des investigations si besoin. Sans sondage, le rapport ne contient aucune valeur mesurée sur votre parcelle. Demandez au bureau d'études ce qui justifie ce choix.
Que signifie « refus » sur une coupe de sondage ?
L'outil ne peut plus descendre. Le sol devient très dur à cette profondeur, ou un bloc gêne le passage. Le géotechnicien précise dans le texte laquelle des deux situations il retient.
Faut-il remettre le rapport au constructeur ?
Oui en zone d'exposition moyenne ou forte aux argiles, pour une maison de deux logements au plus : le maître d'ouvrage le transmet avant la signature du contrat. Partout ailleurs, le transmettre reste le meilleur moyen d'obtenir des fondations adaptées.
Les annexes font-elles partie du rapport ?
Oui. Coupes détaillées, procès-verbaux d'essais, plan d'implantation et photos permettent à un autre géotechnicien de vérifier les conclusions. Un rapport remis sans ses annexes est incomplet.
Comparer son rapport aux forages voisins, est-ce possible ?
Oui, avec la Banque du sous-sol du BRGM, consultable sur InfoTerre. Elle donne les couches traversées par des forages proches. Un écart important avec votre rapport mérite une question au bureau d'études.
Du rapport G1 à l'étude G2
Comparez des devis d'étude géotechnique pour dimensionner les fondations de votre maison.
Pour aller plus loin